François VERHEGGEN
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22/9/2025

Les animaux qui changent de sexe

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Changer de sexe, ce n’est pas une bizarrerie de la nature, c’est en fait une stratégie très répandue dans le règne animal, des poissons aux mammifères, en passant par les crustacés et les reptiles. Une stratégie qui offre d’ailleurs d’énormes avantages pour la survie et la reproduction. ​
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Les scientifiques parlent d’inversion sexuelle, pour désigner le fait qu’un individu présente toutes les caractères d’un sexe, en ce compris les organes sexuels et les comportements, alors que ses gènes codent pour le sexe opposé. Ce basculement peut survenir pendant le développement de l’embryon ou même plus tard au cours de la vie de l’individu. Et les causes de ces changements de sexe sont nombreuses, comme on va le voir ensemble.
 
Commençons avec les barramundis. Ce sont de très gros poissons que l’on retrouve dans les cours d’eau d’Asie et d’Océanie. Au début de la mousson, les adultes descendent vers l’eau de mer pour frayer au niveau d’estuaires. Les femelles vont chacune pondre des millions d'œufs qui seront aussitôt fécondés par les mâles. Et les alvins qui vont sortir de ces œufs, seront TOUS des mâles. Donc tous les jeunes barramundis sont de sexe masculin. Et ce n’est que vers l’âge de 7-8 ans qu’ils changent tous de sexe, pour devenir des femelles. Les barramundis sont hermaphrodites, ils possèdent des organes reproducteurs mâles et des organes reproducteurs femelles. Ce terme scientifique puise ses racines dans la mythologie grecque : puisqu’il vient d’Hermaphroditos, fils d’Hermès et d’Aphrodite, qui fut condamné par les dieux à être à la fois homme et femme. Sauf que le barramundi n’est pas en même temps mâle et femelle : ses organes reproducteurs mâles sont actifs au début de sa vie, avant que ce ne soit le tour de ses organes femelles. Ils ont donc un sexe qui évolue avec l’âge et par conséquence avec la taille et le poids de l’individu. Ce qui est en fait très avantageux pour la reproduction. Les mâles doivent être très actifs, très mobiles, pour trouver et féconder rapidement un maximum d’œufs, alors que les femelles doivent produire un maximum d’œufs et pour cela, elles ont besoin de beaucoup de réserves en ressources nutritives, et donc être de grande taille. 
 
Autre exemple : les poissons-clown. Ceux-là même qui vivent en petits groupes sédentaires, protégé au sein d’une anémone. Le groupe de poissons-clown est organisé selon une hiérarchie stricte: la plus grande est la femelle dominante, c’est la seule femelle sexuellement fonctionnelle. Le deuxième plus grand poisson est le mâle reproducteur. Et les autres poissons-clown qui appartiennent à ce groupe sont des subordonnés qui sont sexuellement immatures, donc qui ne se reproduisent pas et restent nettement plus petits que le couple dominant. Seul le couple de dominants se reproduit donc et pour s’en assurer, ils exercent des pressions, des agressions, sur les subordonnés. 
 
Mais lorsque la femelle dominante meurt ou disparait, il se passe un truc de fou. Le mâle dominant, veuf de sa compagne, change de sexe ! Ses comportements changent, mais rapidement aussi ses organes sexuels, puisqu’il arrête de produire des spermatozoïdes et fabrique à la place des ovules. Il devient donc la nouvelle femelle dominante du groupe, et se choisit le plus grand de ses petits subordonnés pour devenir son partenaire et prendre la place de mâle reproducteur. Je fais une parenthèse cinéma, maintenant que l’on sait tout ça. Némo, le mignon petit poisson-clown du dessin animé Disney/Pixar. Dans le Monde de Nemo, au tout début du film, un barracuda attaque le nid d’une famille de poisson clown. Seul Nemo survit parmi les œufs, et son père « Marin » est le seul parent restant, car Corail, la maman, est tuée lors de cette attaque. Némo grandit donc avec un parent unique … qu’il appelle papa. Pourtant chez les poissons-clowns, lorsque la femelle dominante meurt, c’est le mâle le plus haut placé dans la hiérarchie qui la remplace et devient une femelle. Marin aurait donc du devenir Marine. Voilà, une erreur que Disney a laissée passer… mais que je viens de corriger pour vous.
 
Ce mécanisme est fascinant mais aussi extrêmement pratique pour les poissons clown, puisqu’il garantit qu’il y a toujours, exactement, un reproducteur de chaque sexe par anémone, tout en faisant en sorte qu’une relève soit assurée immédiatement en cas de décès. Cela minimise les coûts de compétition, réduit la mortalité liée aux déplacements hors de l’anémone et ça maximise la valeur reproductive de chacun selon sa position dans la file d’attente. 
 
Chez certains reptiles, la détermination du sexe est également très plastique. On utilise le mot plasticité pour parler d’espèces qui peuvent, à partir des mêmes gènes, donner plusieurs formes, plusieurs apparences possibles. Prenons le dragon barbu d'Australie, un lézard pour lequel c’est l’environnement qui fait pencher la balance d’un sexe ou de l’autre. Et je dirais même, que tout dépendra de la température à laquelle les œufs seront incubés. Lorsqu’il fait très chaud, certains embryons génétiquement destinés à devenir des mâles, changent de sexe en cours de développement et naissent femelles. Ou inversement. Un phénomène que l’on observe d’ailleurs aussi chez des oiseaux et des amphibiens.
                                                                                                                                                                                  
Mais la température n’est pas la seule à pouvoir changer le sexe d’un reptile : selon une étude américaine, la proportion de femelles alligators dans un lac pollué de Floride est énorme ! Les chercheurs ont voulu comprendre et se sont rendu compte que de nombreuses femelles sont en fait génétiquement des mâles mais exprimant des caractères féminins. Et cela, à cause des fortes concentrations en perturbateurs endocriniens que l’on y trouve. Des substances qui pénètrent les coquilles des œufs des alligators et provoquent une féminisation des nouveaux nés, en bloquant notamment la synthèse de testostérone. 
 
Les crabes et les crevettes ne sont pas épargnés par des changements de sexe. Mais ici la faute à des parasites. On les nomme des rhizocephales, qui ont l’allure de petites larves nageant librement dans l’eau à la recherche d’un de ces crustacés. Quand elles en trouvent un elles  pénètrent à l’intérieur du corps et là elles se métamorphosent. La mignonne petite larve devient une sorte de réseau filamenteux, un peu comme les racines d’une plante dans le sol. Le parasite capte ainsi la nourriture de l’hôte, le maintenant en vie mais entièrement sous son contrôle. Les crabes infectés se mettent alors à soigner les œufs du parasite comme s’il s’agissait de leur propres œufs ; Et si c’est un crabe mâle qui est infecté, alors non seulement il acquière des comportements maternels et prends soin des œufs du parasites, mais en plus il développe des traits physiques propres aux crabes femelles, pour mieux s’occuper encore de son parasite. 
 
Enfin, il existe aussi des cas de changement de sexe chez des mammifères, mais seulement chez des rongeurs. Par exemple, chez des mulots américains, on observe de très nombreuses femelles fertiles possédant pourtant les chromosomes XY typiques des mâles. On parle de proportions pouvant atteindre 1 femelle sur deux, dans certains populations de ces mulots. Elles sont génétiquement codées pour être mâles, mais expriment les caractères femelles, et produisent donc des ovules. La faute revient au chromosome X qui est pourvu d’une mutation relativement commune, et qui perturbe le programme ‘mâle’ codé par le chromosome Y et empêche ainsi le bon fonctionnement des testicules. 
 
Interactions sociales, conditions climatiques, polluants, parasites et mutations génétiques. Les cas de changement de sexe sont nombreux chez les animaux, autant que les facteurs qui les causent. 

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    François Verheggen, Professeur de Zoologie, Université de Liège

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